L’utilisation de drones iraniens par la Russie montre sa faiblesse militaire – experts

L’utilisation par la Russie de drones iraniens dans sa guerre avec l’Ukraine expose les failles de l’industrie nationale du pays et la part de marché croissante de Téhéran, ont déclaré des experts à l’agence AFP, cités par RFI.

Selon des responsables ukrainiens, les drones utilisés dans les attaques russes, comme celles lancées contre des villes et des infrastructures énergétiques lundi 17 octobre, auraient été livrés par l’Iran en grand nombre.

Des drones iraniens développés pour deux raisons distinctes ont jusqu’à présent été trouvés dans l’espace aérien de l’Ukraine dans deux versions différentes, ont rapporté les médias cités ci-dessus.

L’un d’eux, le Shahed 136, est un drone kamikaze peu coûteux qui peut être configuré pour voler automatiquement vers un certain nombre de coordonnées GPS avec une charge d’explosifs.

Selon Vikram Mittal, professeur à l’Académie militaire américaine de West Point, cité par RFI, le Mohajer-6 est « identique en taille et en fonctionnalité au drone Bayraktar TB-2 de Turquie ».

Au début de la guerre, le Bayraktar a été associé à une résistance ukrainienne efficace face à l’invasion massive des troupes russes. Les militaires ukrainiens ont utilisé le missile de modèle turc pour frapper et détruire les chars et les blindages russes.

Les deux drones sont classés dans la catégorie des aéronefs sans pilote MALE (moyenne altitude, longue endurance).

Les drones iraniens sont-ils efficaces sur le champ de bataille ? 

Dans les situations où l’adversaire n’a aucun moyen d’autodéfense ou de riposte, ces drones sont particulièrement efficaces, selon Jean-Christophe Noël, chercheur à l’Institut français des relations internationales. Une grande partie de leur succès initial, selon Mittal, « résulte du fait qu’il s’agit d’une nouvelle arme sur le champ de bataille. » Toutefois, à ce stade déjà, l’armée ukrainienne affirme abattre 85 % des drones Shahed-136.

Pour l’instant, les forces ukrainiennes peuvent utiliser des missiles anti-aériens lancés à l’épaule, de jour comme de nuit, pour attaquer les drones, y compris les versions équipées d’un radar.

Comme elles ne possèdent pas de mécanisme de secours pour atteindre leur cible sans guidage par satellite, elles pourraient essayer d’utiliser des tactiques sophistiquées de brouillage du GPS pour faire dévier les Shahed-136 de leur trajectoire.

Selon Grasser, un chercheur lié à l’université de la Sorbonne à Paris, cité par l’AFP et France 24, l’utilisation de ces drones kamikazes est « une stratégie d’économie pour la Russie, car elle permet d’économiser des missiles de croisière coûteux d’une valeur de 1,5 à 2 millions de dollars » par tir.

Toutefois, selon l’expert, « la plus grande faiblesse de ces drones est qu’ils ne peuvent frapper que des cibles immobiles ».

Les drones iraniens Shahed-136 présentent peu de danger pour les forces sur le terrain. Par conséquent, l’arrivée de ces drones ne devrait pas influencer le déroulement de la bataille.

La chute de l’industrie militaire russe

Bien qu’étant l’un des plus grands producteurs d’armement au monde, la Russie a néanmoins dû se tourner vers l’Iran dans cette situation.

Les spécifications tactiques et technologiques des drones ont été élaborées par le ministère de la Défense. La plupart des producteurs russes ne sont pas en mesure de les respecter, semble-t-il.

Même si aucune entreprise russe ne vend des drones kamikazes à longue portée comme le Shahed 136, selon M. Grasser, « on s’attend à ce qu’ils aient un équipement du type » des drones MALE TB-2 ou Mohajer.

Le fait qu’ils utilisent des drones iraniens, a-t-il poursuivi, « montre que l’industrie russe ne peut pas suivre le rythme rapide et constitue un aveu d’échec industriel. »

Les sanctions occidentales liées à l’invasion de l’Ukraine ont nui à l’économie russe, déjà affaiblie par l’impact de la pandémie de Covid-19 sur les chaînes d’approvisionnement.

Les tentatives de la Russie de produire en masse ce type d’appareils « ont été vaines puisqu’elle n’a plus accès aux composants technologiques occidentaux », selon M. Noël.

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